mercredi 12 août 2020

Trinh Xuan Thuan

 

Lectures estivales, août 2020


Trinh Xuan Thuan : La plénitude du vide, Paris, Albin Michel, 2016, 341p.


L’été, sous les pins de Lacanau où le murmure de l’océan se mêle au chant des cigales, les heures passent doucement ; le soleil brille, le ciel, souvent bleu le jour et étoilé la nuit, nous invitent aux voyages et aux pensées multiples. Toute sorte de livres nous accompagnent aussi, divertissement, distraction, mais il y a aussi du lourd, du sérieux, du profond. Et hop, voilà Trinh Xuan Thuan, un astrophysicien de l’Université de Virginie, né à Hanoï en 1948, découvreur de la plus jeune galaxie connue de l’univers qui s’invite à la table des lectures. Le livre nous a été prêté par Henri, et Catherine, à qui j’en parlai, m’a dit, pourquoi pas un résumé ? Chiche ? 341 pages réduites à 2 pages, voilà un petit défi sympathique.


Trinh Xuan Thuan, un sacré personnage qui publie, années après années, des ouvrages de vulgarisation scientifique. Sa marque de fabrique est de présenter les découvertes scientifiques tout en interrogeant les philosophies orientales, mais attention, il ne s’agit pas de mêler les deux approches, elles sont hermétiques. Logos et mythos, science et spiritualité sont deux voies parallèles, même si l’une et l’autre se fondent sur une quête de la vérité dont les critères sont l’authenticité et la rigueur. Il considère que la manière d’appréhender le réel par ces deux approches peut déboucher sur une harmonieuse complémentarité et le Tao, nous en parlerons plus loin, pointe déjà son nez !

Pour en revenir à « La plénitude du vide », Trinh nous rappelle que l’homme se situe entre deux infinis, l’infiniment petit et l’infiniment grand, mais que chaque fois il rencontre le vide ! En six chapitres il nous accompagne dans ce voyage inédit. Mais quel voyage, il faut s’accrocher ! Quelques réflexions sur le vide et le néant dans un premier chapitre, puis place aux mathématiques où le vide prend la forme du chiffre zéro ; c’est le « génie » indien qui lui confère enfin le statut de nombre à part entière, mais il a fallu attendre que les chiffres « arabes » l’imposent au reste du monde. Le deuxième chapitre explore la notion de vide dans l’histoire des débuts scientifiques, les Grecs, bien sûr avec Démocrite, mais voilà qu’Aristote déclare que « la nature a horreur du vide ». Il faudra attendre près de 20 siècles pour que le vide redevienne un sujet sérieux avec les expérimentations de Torricelli et de Pascal. Ces deux penseurs (et quelques autres…) utilisent leurs fameuses colonnes de mercure dans des tubes de verre pour créer un vide physique démontrant enfin que la nature n’abhorre pas le vide. Dont acte ! Mais est-ce que l’espace, au-delà de notre planète, est totalement vide ? Dans un troisième chapitre, Trinh nous rappelle que les Grecs, Aristote en tête, avaient trouvé une réponse : « l’éther » qui plus léger que l’air, l’eau, la terre et le feu baignerait l’univers tout entier ; là aussi les « croyances » scientifiques sont longues à déboulonner et il faut attendre le XXe siècle pour qu’Einstein et sa théorie de la relativité jettent un sort à « l’ether » ; et puis la mécanique quantique décrit enfin le monde des atomes et des particules subatomiques qui offrent une nouvelle conception du vide. Ouf ! Mais c’est pas fini, dans un quatrième chapitre ça se complique encore avec le « principe d’incertitude de Heisenberg » et les particules virtuelles qui seraient du « vide-plein ».

On respire un peu avec le cinquième chapitre qui nous ramène à l’histoire de l’univers lié au vide par excellence ! Comment ce vide a-t-il pu être la cause du « bing-bang » il y a quelques milliards d’années? Et comment l’univers a-t-il décéléré pendant les 7 premiers milliards de son existence ? Mais le vide est-il responsable de son accélération depuis le huitième milliard d’années ? Aïe, aïe aïe, pas si simple !

Heureusement le dernier et sixième chapitre intitulé « Le Tao du vide » abandonne en partie les théories scientifiques « pur sucre » pour s’ouvrir aux réflexions des sciences humaines et sociales (SHS) en comparant la connaissance rationnelle du cosmos et la connaissance mystique orientale. Ah ! Les visions taoïstes et bouddhistes du monde le disent simplement, le vide est à l’origine de l’univers. Depuis, le Yin, le Yang et le Tao n’arrêtent pas de jouer ensemble. Le Tao, c’est la « voie » ou la « méthode », et l’univers est façonné par l’action dynamique et réciproque des deux forces polaires que sont le Yin et le Yang. L’une contient l’autre en germe et elles se succèdent de façon cyclique. Trinh convoque François Cheng, un de ses complices asiatiques pour enfoncer le clou : « Du Tao d’origine, conçu comme le vide suprême, émane l’Un qui est le souffle primordial, lequel engendre à son tour les deux souffles complémentaires Yin et Yang : ceux-ci par leur incessante interaction, engendre tous les êtres qui parviennent à faire naître entre eux l’harmonie grâce au souffle qu’est le Vide médian ». Celui-là, je vous en parlerai une autre fois car c’est encore une autre histoire.

Il faut bien conclure. L’ouvrage est écrit dans une langue personnelle et la démonstration réussie. Que ce soit à l’échelle du cosmos, avec le fameux « vide intersidéral », ou à celle de l’atome, l’existence et même l’omniprésence du vide est bien une évidence. Et vous l’aurez bien compris, la « fécondité du vide » pour les scientifiques rejoint en partie les intuitions des traditions taoïstes et bouddhistes, mais il ne faut pas mélanger les deux approches. Aux scientifiques de rechercher une unité totale dans l’univers et à chacun de nous de trouver une voie et peut-être une vie saine, paisible et heureuse. C’est pas gagné !


Pour des lectures un peu plus faciles, on peut conseiller le livre de Trinh de 2017 : « La nuit » (édition de l’Iconoclaste). L’auteur nous raconte son travail nocturne depuis l’observatoire de Mauna Kea, situé à 4000 mètres d’altitude dans le Pacifique sud, où il scrute le lointain, analyse les galaxies à la recherche des origines de l’univers. Mais, la tête dans les étoiles, il convoque aussi poètes et artistes avec citations et reproductions … Un récit où se mêlent la quête scientifique et les créations artistiques car la nuit est à la fois un temps de questionnement et d’émerveillement, le temps des peurs, du rêve et de l’amour…


Si vous venez nous voir à « La Sarrazine » de Lacanau, vous verrez les trois boules de verre dans le petit jardin Zen et encore les trois troncs de pins qui se regardent en plusieurs coins du terrain. N’y cherchez pas un message, pour nous c’est simplement beau dans le paysage et apporte une touche de culture dans la nature, mais chacun peut y voir ce qu’il veut ! Pour ma part, fini la lecture, c’est l’heure de la pétanque, si c’est en triplette, on joue avec deux boules, si c’est en doublette on joue avec trois. Je préfère la doublette comme je préfère pointer et caresser le cochonnet que de tirer et tout casser. Allez savoir pourquoi ? Les vagues océanes ne sont pas loin et attendent que le soleil tombe et disparaisse dans le vide lointain. Puis, place aux étoiles, j’en repère bien une douzaine dans le ciel mobile de la nuit, pour les planètes c’est plus difficile car elles n’arrêtent de bouger dans la plénitude du vide. Et demain sera un autre jour dans ce trop plein de l’été.








Si vous venez nous voir à « La Sarrazine » de Lacanau, vous verrez les trois boules de verre dans le petit jardin Zen et encore les trois troncs de pins qui se regardent en plusieurs coins du terrain. N’y cherchez pas un message, pour nous c’est simplement beau dans le paysage et apporte une touche de culture dans la nature, mais chacun peut y voir ce qu’il veut ! Pour ma part, fini la lecture, c’est l’heure de la pétanque, si c’est en triplette, on joue avec deux boules, si c’est en doublette on joue avec trois. Je préfère la doublette comme je préfère pointer et caresser le cochonnet que de tirer et tout casser. Allez savoir pourquoi ? Les vagues océanes ne sont pas loin et attendent que le soleil tombe et disparaisse dans le vide lointain. Puis, place aux étoiles, j’en repère bien une douzaine dans le ciel mobile de la nuit, pour les planètes c’est plus difficile car elles n’arrêtent de bouger dans la plénitude du vide. Et demain sera un autre jour dans ce trop plein de l’été.

J.P.A. le 11 août 2020

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