samedi 23 novembre 2013
jeudi 21 novembre 2013
Sylvain Tesson parle d'Elisée Reclus
Habiter joyeusement des clairières sauvages vaut mieux que dépérir en ville. Dans le sixième volume de L'Homme et la Terre, le géographe Élisée Reclus - maître anarchiste et styliste désuet -déroule une superbe idée. L'avenir de l'humanité résiderait dans « l'union plénière du civilisé avec le sauvage ». Il ne serait pas nécessaire de choisir entre notre faim de progrès technique et notre soif d'espaces vierges. La vie dans les bois offre un terrain rêvé pour cette réconciliation entre l'archaïque et le futuriste. Sous les futaies, se déploie une existence éternelle, au plus près de l'humus. On y renoue avec la vérité des clairs de lune, on se soumet à la doctrine des forêts sans renoncer aux bienfaits de la modernité. Ma cabane abrite les noces du progrès et de l'antique. Avant de partir,j'ai ponctionné dans le grand magasin de la civilisation quelques produits indispensables au bonheur, livres, cigares, vodka : j'en jouirai dans la rudesse des bois. J'ai tellement adhéré à l'intuition de Reclus que j'ai équipé ma cabane de panneaux solaires. Ils alimentent un petit ordinateur. Le silicium de mes puces électroniques se nourrit de photons. J'écoute Schubert en regardant la neige, je lis Marc Aurèle après la corvée de bois, je fume un havane pour fêter la pêche du soir. Élisée serait content.
Pages 41-42
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