dimanche 29 novembre 2020
Du libéralisme autoritaire
Bonjour
Un article paru dans Médiapart à propos du livre de Grégoire Chamayou Du Libéralisme autoritaire
Bien que déjà connu des spécialistes c'est intéressant car il nous montre que nos manifestations contre la mise en cause des libertés ( comme celle d'hier 28 novembre) s'inscrivent dans une vision et un temps plus large.
Le livre revient aux racines en Allemagne des années 1930, de ce qui est la tendance autoritaire vers l'État d'exception qui caractérise le néolibéralisme.
Je suis désolé d'être un long et d'abuser de raccourcis en même temps. Mais vous avez la possibilité personnelle du clic-corbeille.
En fait pour la période contemporaine c'est avec le Chili de Pinochet que se met en place la première expérience grandeur nature du modèle qui est l'horizon inconscient de notre époque.
La référence à Pinochet peut surprendre.
Chez nous européens c' est le caractère ultrarépressif de la dictature de Pinochet qui nous la fait voir comme un exotisme latino-américain, mais les manifestations dans le Chili d'aujourd'hui contre la constitution néolibérale devrait nous ouvrir les yeux.
Dans les autres dictatures latino y compris le franquisme ou le salazarisme la version ultralibérale n'a pas été envisagée,parfois même récusée avec le corporatisme. Il y a donc une spécificité du pinochisme qui nous concerne.
Petit retour en arrière. C'est avec le début de la Révolution néoconservatrice, en 1979 avec l'élection de Thatcher que le modèle va s'implanter et se diffuser de manière lente dans la plupart des pays et en Europe en particulier. Avec une inversion de la séquence.
Chez Pinochet::Brutalité du coup d'Etat puis mise en place de l'ultralibéralisme
Dans le thatchérisme:
Mise place des politiques radicales puis transformations des institutions pour en assurer l'irréversibilité
Le processus est masqué , brouillé dans l'Union européenne.
La construction politique de l'UE (Traités de Maastricht, Lisbonne puis le Pacte budgétaire de 2011..) met en place une constitutionnalisation de la politique inspirée directement des thèses de Milton Friedman et de l'Ordolibéralisme ( BCE,concurrence, privatisation, politiques de règles tout azimuts . ) avec pour slogan thatchérien , .
Ceci se traduit par le fait que dans un pays le choix des électeurs n'est accepté qu'à la condition de se couler dans le modèle. Sinon c'est la Grèce de Syriza ou de manière plus douce les différents "renoncements" des gouvernements socialistes comme ceux de la France.
Mais depuis quelques années, nous franchissons une nouvelle étape.
Dans la Révolution néoconservatrice thatchérienne le versant culturel et sociétal était très traditionnaliste.Les polonais et les hongrois restent fidèles à cette vision.
Le reste de l'Europe semble adopter un mixte libéralisme sociétal (mariage gay..) et libéralisation économique accélérée. .C'est encore le cas en dépit de tensions identitaires de plus en plus marquées, mais l'essentiel est peut être ailleurs.
Le néolibéralisme c'est le fin des collectifs organisés ( syndicats..) des régulations administrées (code du travail, conventions collectives) d'où la nécessité (au sens d'évolution inévitable) de la montée de l' autoritarisme comme le théorise Carl Schmitt au début des années 1930. Le néolibéralisme veut casser les collectifs et les "communs" ( comme la Sécurité sociale) et n'avoir face à lui que des individus.. Mais , la fin des collectifs, c'est plus d'incertitude, moins de cadre et de repères d'action pour les individus. La montée de "l'individualisme" a pour contrepartie, un autoritarisme renforcé.
Partout mais en France particulièrement les États d'urgence se banalisent et la marche vers un État d'exception se profile grâce à des événements dramatiques ( attentats etc) qui renforcent les tendances. Aux Etats-Unis, l'histoire du Patriot Act est bien connue. Le 11 septembre a permis le vote du Patriot Act qui était déjà prêt. Un ministre britannique avait déclaré à propos de cet évenement ": "c'est une merveilleuse opportunité pour nous de mettre en oeuvre notre politique"
Pinochet paraît bien lointain voire latino-exotique, mais avec un tempo très lent c'est lui qui est la tentation ou l'horizon lointain.
Dans sa préface au livre 1 du Capital (1867) Marx répond à ceux qui lui reprochent de parler beaucoup trop de l'Angleterre,que ce pays montre l'avenir capitaliste de tous les autres et il cite la formule de Dante
" De te fabula narratur", "c'est ta propre histoire que l'on raconte". Les chiliens racontent peut-être la nôtre sur un tempo très lent.
Amitiés et à bientôt.
Lucien
Pour l'article de Médiapart cliquer ici
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